• Recherche fondamentale Carnot MERS,

Optimiser la propulsion vélique grâce aux essais en bassin

Publié le 22 septembre 2025 Mis à jour le 23 septembre 2025
La propulsion vélique revient au premier plan dans les stratégies de décarbonation maritime. Voiles rigides, kites ou rotors : les solutions se multiplient, mais leur efficacité reste encore difficile à quantifier en conditions réelles. C’est tout l’objectif du projet PropVelBa, mené aux bassins d’essais de Centrale Nantes.
Maquette PropVelba

Maquette PropVelba

Le projet PropVelBa

Porté par Bertrand Malas, ingénieur de recherche au sein de l'équipe « Bassins  de génie océanique » du LHÉEA, et mis en oeuvre par Louis Jouenne, ingénieur d’études au sein de la même équipe, le projet PropVelBa (pour PROPulsion VELique en BAssin) vise à étudier la faisabilité de la conception d'un moyen d’essais unique pour le bassin à houle de Centrale Nantes : un émulateur numérique de propulsion vélique.

L'étude de faisabilité se concentre sur la mise au point de la première version du système en ayant choisi de manière arbitraire un dispositif vélique basé sur des rotors Flettner, une technologie de propulsion utilisant des cylindres en rotation. Mais l'objectif à terme est de permettre une configuration entièrement personnalisable du système propulsif, adaptée aux besoins des industriels comme à ceux de la recherche.

De la modélisation à l’expérimentation : les étapes de conception de la maquette

Après sélection d'une coque de navire open source SOBC-1 (SINTEF Ocean Bulk Carrier 1, fournie par le bassin d’essais norvégien SINTEF) et d'un dispositif de propulsion vélique inspiré de l'existant, un cahier des charges a été établi pour concevoir un émulateur fidèle sur le plan aérodynamique. Cette étape a permis d’optimiser la forme et les caractéristiques de l'émulateur. Elle a ensuite été suivie par une phase de robotique, de programmation et d’automatisme, nécessaire pour fabriquer et piloter les différentes composantes du dispositif.

Contrairement aux moyens d’essais existants qui n’intègrent pas le vent de manière réaliste, ce dispositif permet de simuler et appliquer en temps réel les efforts aérodynamiques à la maquette, via un émulateur embarqué. Cette approche vise à mieux comprendre les interactions entre la carène, le système de propulsion vélique et les conditions de navigation.

Une maquette physique couplée à un émulateur numérique

Cette maquette, une fois construite et équipée de son émulateur, pourra être testée en bassin pour reproduire différentes configurations de propulsion vélique. À l’échelle 1/65e (environ 3 mètres de long), la maquette évoluera librement en bassin d’essais. Elle combine des éléments physiques, comme le safran réel, et un système de propulsion entièrement virtuel : moteur, hélice et voiles sont simulés numériquement à partir de paramètres tels que le vent ou la vitesse du navire.

L’émulateur, positionné au-dessus de la maquette, calcule en temps réel les efforts aérodynamiques en fonction du scénario défini et les applique sur les mâts en utilisant des propulseurs de drone. L’utilisateur peut ainsi choisir le type de voile à simuler et configurer les réglages.

Une première campagne d’essais réussie

En septembre 2025, la première campagne d’essais de PropVelBa s’est tenue au bassin à houle de Centrale Nantes. Deux semaines de tests intensifs ont permis de valider le fonctionnement de la version 1 du système.

Un système de capture de mouvement composé de 11 caméras infrarouges suit la position et les mouvements du navire grâce à des marqueurs réfléchissants fixés sur la coque. Les données sont transmises à l’ordinateur embarqué, qui ajuste immédiatement les efforts appliqués par les propulseurs en fonction du vent virtuel et de la configuration choisie.

Les essais ont porté sur des manœuvres simples (giration, changements de cap, manœuvres d’urgence) et sur la comparaison de différents scénarios logiciels. Résultat : la faisabilité du dispositif a été démontrée, avec des comportements de maquette cohérents par rapport aux simulations.

Le financement du projet par l’Institut Carnot MERS nous a permis de créer cette version 1 du système, avec des modèles simples et facilement modifiables. Nous sommes ravis des résultats de cette première campagne, souligne Bertrand Malas. 

Louis prépare la maquette
Mise à l'eau de la maquette

Une suite déjà engagée : la thèse SoftWasp

Fort du succès de cette première étape, le projet se poursuit avec une thèse de trois ans portée par Louis Jouenne, intitulée SoftWasp (Wind Assisted Ship Propulsion).
Elle visera notamment à :

  • intégrer une hélice réelle,
  • affiner les modèles de simulation des voiles,
  • tester de nouvelles configurations (voiles rigides, kites),
  • évaluer l’impact de la propulsion vélique sur la sécurité des manœuvres.

Deux autres campagnes d’essais sont prévues dans le cadre de cette thèse.



Des retombées concrètes pour les entreprises

Une fois le système complétement au point, ce projet de recherche académique aura un potentiel industriel. L'émulateur de propulsion vélique offrira des possibilités concrètes aux entreprises du secteur : grâce à la configuration de mâts modulables, elles pourront réaliser des essais représentant un navire à propulsion vélique qu’elles ont conçu et qu’elles souhaitent tester en conditions réelles et dans différents états de mer.
 

La propulsion vélique pourrait représenter jusqu’à 30 % d’économie énergétique. Son développement passe par une meilleure connaissance de ses effets et de ses limites. Le projet PropVelBa contribue à cette montée en maturité technique.


Publié le 22 septembre 2025 Mis à jour le 23 septembre 2025