François Allal, Chercheur en génétique aquacole, HDR
En 2003, je démarre des études d’ingénieur en biotechnologie à l’Université de Montpellier un peu par hasard. J’y apprends la rigueur de paillasse* (qui n’est pas mon fort il faut l’avouer) et y découvre les méthodes d’exploration moléculaires de l’ADN alors en plein essor… J'entrevois à ce moment-là l’excitation de participer à explorer et décrypter le code du vivant. Après l'obtention de mon diplôme en 2006, je poursuis avec un Master Recherche et me passionne pour la génétique de l’adaptation. Cette passion me conduira à réaliser une thèse soutenue en 2010 sur le Karité, un arbre africain, pour comprendre comment son génome a évolué face aux activités humaines (sélection anthropiques) et aux anciens climats (sélection paléoclimatiques). Entre 2010 et 2013, désireux d’enrichir mes compétences par des expériences terrain, je poursuis mes recherches au Congo et en Amazonie. C'est en 2013 que je rejoins l’Ifremer comme chercheur en génétique aquacole, au sein de l’unité mixte de recherche MARBEC. En 2022, je soutiens mon HDR (Habilitation à Diriger des Recherches) à l’Université de Montpellier, consolidant mon rôle dans la formation et l’encadrement de jeunes chercheurs, tout en approfondissant mes travaux en génétique aquacole.
Beaucoup de chercheurs que je côtoie avaient un plan de parcours universitaire bien défini… De mon côté, je me suis laissé porter par des désirs parfois irrationnels, quelques intuitions, des opportunités saisies au bon moment… et, surtout, une chance insolente.
Les sélectionneurs aquacoles français font face à une situation difficile, s’adapter aux effets du changement climatique dans un contexte économique hyper concurrentiel, en tenant comptes des contraintes administratives et des exigeantes sociétales croissantes. Dans ce cadre, la recherche en génétique joue un rôle clé en explorant les pistes nouvelles et les hypothèses disruptives d’adaptation des espèces piscicoles. Une fois ces résultats à maturité, leur transfert vers les entreprises est facilité par le SYSAAF (Syndicat des Sélectionneurs Avicole et Aquacole Français), qui agit comme un trait d’union entre les chercheurs et la filière.
Travailler dans la recherche publique/académique me permet de suivre ma passion pour la science tout en bénéficiant d’une liberté intellectuelle unique. Ce cadre me donne la possibilité d’explorer des questions complexes sans la pression d’une rentabilité. C’est aussi un environnement stimulant où je peux échanger avec des experts, confronter mes idées et contribuer à faire avancer la science pour répondre aux défis du monde d’aujourd’hui et de demain.
Ce qui me fascine dans la recherche, c’est ce mélange entre deux paradoxes : d’un côté, la patience et la rigueur nécessaires pour valider les hypothèses sur le long terme, et de l’autre, l’effervescence des idées nouvelles qui émergent et se testent dans l'instant. Si les grandes questions fondamentales nourrissent ma curiosité, ce qui m’enthousiasme particulièrement, c’est la dimension concrète et applicative de mes travaux. Pouvoir conjuguer liberté scientifique et rigueur évaluative par mes pairs me motive chaque jour à repousser les limites de mes connaissances.